LA PROVENCE PROFONDE
J’aime partager dans mes écrits les lectures qui m’ont fait rêver et voyager hors de mon quotidien. Pierre Magnan appartient depuis longtemps à la liste de mes auteurs phares. La ville de Forcalquier, si souvent visitée dans ses romans, l’a mis à l’honneur et lui a dédié une place. Je l’en félicite et remercie.

Pierre Magnan – Qui est-il ?
Il est né le 19 septembre 1922 à Manosque, en Provence. Profondément attaché à cette région, il en a fait le décor principal de la plupart de ses œuvres.
Après divers métiers — notamment dans l’administration et l’électricité — il se consacre à l’écriture. Il publie ses premiers romans dans les années 1950, mais c’est surtout à partir de la fin des années 1970 qu’il connaît le succès. Son roman Le Sang des Atrides obtient en 1978 le Prix du Quai des Orfèvres et inaugure la série des enquêtes du commissaire Laviolette. Parmi ses autres œuvres marquantes figure La Maison assassinée (1984), roman devenu un classique de la littérature provençale et adapté au cinéma.
L’écriture de Pierre Magnan mêle intrigue policière, atmosphère rurale et portraits profondément humains. Son style poétique et son attachement aux paysages et aux traditions de Provence ont fait de lui une figure singulière du roman noir français.
Il est décédé le 28 avril 2012 à Manosque.
Parce que j’apprécie de profiter de ce genre de renseignements, voici dans l’ordre les titres des séries de Pierre Magnan.
Série Commissaire Laviolette
- Le sang des Atrides
- Un commissaire dans la truffière
- Le secret des Andrônes
- Les courriers de la mort
- Les secrets de Laviolette
- Le parme convient à Laviolette
- Elégie pour Laviolette
Série Gendarme Laviolette (aïeul du commissaire)
- Les charbonniers de la mort
- La folie Forcalquier
Série Séraphin Monge
- La maison assassinée
- Le mystère de Séraphin Monge
Extrait du roman
… Il découvrait ou redécouvrait en ce moment Pierre Magnan et les Basses-Alpes… Il se rappelait d’avoir vu « La maison assassinée » des années auparavant. Le film ne lui avait pas laissé un souvenir impérissable. Le livre, lu récemment, lui avait plu. Depuis, il prenait un plaisir épicurien à suivre les pérégrinations et les états d’âme du Commissaire Laviolette. L’écrivain et ses mots magiques l’entrainaient sur des pentes abruptes, par des sentes défoncées de pierrailles, vers des soleils intenses, bousculé par ce mistral aux bourrasques infernales, piétinant dans la neige, profitant de la douceur d’une nuit étoilée dans une époque où seuls ces lointains soleils et la lune de la terre éclairaient les ténèbres. Les villes, la vie moderne et son électricité parasite n’étaient pas encore omniprésentes, omnipotentes. L’auteur, s’il adorait sa région, n’était toutefois pas très aimable avec ses compatriotes. Il revenait souvent sur l’âpre ladrerie de ces paysans noueux, de ces vieilles femmes en noir. Il la décrivait cependant avec tendresse, laissant entendre qu’ils ne pouvaient y échapper, elle était incluse dans leurs gènes. Mutation de résistance, de survie, à la dramatique pauvreté à laquelle leur terre si dure et pourtant tant aimée les avait contraints depuis des siècles.
Il se voyait bien sillonner le pays et découvrir les paysages décrits avec tant d’enthousiasme. Bien sûr, il risquait d’être déçu. Les Basses-Alpes s’étaient transformées en Alpes-de-Haute-Provence avec touristes, stations de ski et villages restaurés… Mais en cherchant bien, au fond des chemins creux, des bois profonds, dans les combes arides… Il pourrait bien retrouver quelques ruines du vieux pays dur et sauvage… Il rêvait des andrones de Sisteron et de glycine, de calades, des galets de La Bléone, Oraison, Forcalquier, Ganagobie… Tous ces noms l’appelaient… Certes pour Ganagobie son rêve s’était déjà bien écorné sur l’aire d’autoroute voisine. Il s’y était arrêté avec gourmandise un jour qu’il passait par là et n’avait aperçu qu’un village sans charme à crépis roses et tuiles mécaniques… Mais peut-être que derrière… Il irait vérifier… Et pour le pays bas-alpin profond, il pouvait compter sur Serge… Là où ils iraient, les ronces n’avaient vu personne depuis cinquante ans… Il regretterait cette idée… Il le savait déjà… D’ici là, il relirait aussi Giono… Cela renforcerait sa détermination. Il gardait un souvenir visuel ensoleillé et joyeux du film Le hussard sur le toit. La peste en Provence, l’épidémie ravageait alors le pays, l’avait pourtant impressionné. Il espérait retrouver dans le livre cette conjonction si improbable et cependant si puissante de la vie et de la mort…
EXTRAIT DU ROMAN : AUX ORDRES DE L’IMPERATRICE
J’aime bien aussi aller me promener sur les lieux de mes lectures.

s’est révélé aussi décevant qu’attendu…
Hormis son fronton, l’abbaye aussi. Elle a été entièrement reconstruite et dédiée au dieu Tourisme…


a, lui par contre, gardé toutes ses promesses. Le film comme le livre vous entrainent dans une échappée intense au gré de paysages magiques.
Etonnamment ou pas, le cursus de Pierre Magnan ressemble étrangement à celui de Jean Giono. Ecrivain plus que phare de la Provence.
Jean Giono – Qui est-il ?
Jean Giono est né le 30 mars 1895 à Manosque, en Provence. Fils d’un cordonnier d’origine italienne, il grandit dans un milieu modeste et doit interrompre ses études pour travailler dans une banque.
Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, l’expérience du front marque profondément sa vision du monde et nourrit son pacifisme. Après la guerre, il se consacre à l’écriture et connaît le succès avec Colline (1929), premier volet de la « trilogie de Pan », qui célèbre la nature et la vie rurale provençale. Parmi ses œuvres les plus célèbres figurent également Regain, Le Hussard sur le toit et le court récit L’Homme qui plantait des arbres.
L’œuvre de Jean Giono, profondément marquée par les paysages et la culture de la Provence, mêle lyrisme, humanisme et réflexion sur la relation entre l’homme et la nature. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des grands écrivains français du XXᵉ siècle.
J’ai lu de nombreux ouvrages de Giono, mais le Hussard sur le toit reste de loin mon préféré. On ne peut toutefois pas visiter la Provence sans 1 ou 2 de ses romans dans son bagage.


